Skip to main content

Camille David

Pourquoi avoir choisi l'anthropologie ?

Le point de départ, c’est la découverte de la philosophie et de la sociologie au lycée. J'ai commencé par faire des études d’histoire, puis j'ai rejoint la Licence d'ethnologie à Nanterre. J'y suis restée jusqu'au Master 2 puis suis allée à l'EPHE me spécialiser en anthropologie des religions. J’ai étudié les communautés juives et la construction des identités juives. J'ai commencé à travailler un projet de thèse que j'ai laissé de côté, j'ai fait une licence d'histoire de l'art pour compléter mon champ de compétence dans cette optique. J’avais besoin de travailler, d’être confrontée un peu au monde du travail, avant de vraiment me lancer dans une thèse. 

Quel a été votre parcours après l’obtention du master ?

J'ai découvert l'association ethnoArt à l'occasion d'un stage.  L'idée d'utiliser l'anthropologie ailleurs qu'à l'université m’a carrément passionné. Je suis devenue salariée de l'association. On était trois, on faisait beaucoup d’ateliers scolaires puis progressivement dans des centres sociaux, avec des adultes, et enfin avec des professionnels. Je me suis formée à la formation professionnelle et à la médiation scientifique directement sur le terrain. J'avais déjà une légère expérience puisque j'avais travaillé dans un centre d'exposition historique de la PJJ, la protection judiciaire de la jeunesse. En raison de la fin des contrats aidés, j'ai quitté le salariat chez ethnoArt, j'ai travaillé dans une association partenaire pour laquelle je faisais de la gestion et de la coordination de projet. Même si c'était très formateur c'était trop frustrant pour moi, je voulais être la médiatrice en face des groupes et non celle qui organise. Par la suite, je suis tombée sur une offre d’emploi pour devenir médiateur du fait culturel et religieux auprès d' adultes radicalisés placés sous la main de la justice. J'ai été prise mais en tant que travailleur social et non médiatrice. Pendant un peu moins d’un an, j’ai accompagné des adultes radicalisés en milieu ouvert (hors de la détention). Quand j'ai quitté ce dispositif, je me suis inscrite au DU de psychiatrie transculturelle de Marie-Rose Moro et j'ai été co-thérapeute d'un groupe de clinique transculturelle en CMP. Ensuite, j’ai repris mon poste chez EthnoArt. J’ai pu monter des ateliers, des groupes de réflexions avec des primo-arrivants, autour de la maladie et du soin, des choses vraiment passionnantes. En même temps, les contacts que j’avais avec la PJJ, m’ont sollicitée pour travailler autour de la radicalisation et du fait religieux.

Pouvez-vous nous décrire votre occupation actuelle ?

Quand j'ai repris mon poste chez ethnoArt j'ai commencé à accompagner des équipes de la PJJ, d’abord avec de la formation, puis de l'analyse de pratiques notamment pour accompagner les équipes de la PJJ dans leurs prises en charge de mineurs « radicalisés » et  mineurs de retour de zone irako-syrienne. J’ai fini par quitter l’association EthnoArt pour travailler comme indépendante sur ces sujets-là : la question du religieux violent, de la violence adolescente, de la construction identitaire à travers le religieux, et de la violence extrême, de la violence d’ultra- droite, de la violence djihadiste. En parallèle du partenariat avec la PJJ, je travaille aussi avec l'administration pénitentiaire en tant que médiatrice interculturelle auprès de détenus radicalisés.

Est-ce que vos y utilisez ce que vous avez appris à Nanterre ?

Tous les jours oui. Et mon métier exige que je continue à apprendre. En réalité je suis, et c'est ce que j'ai appris à ethnoArt, à l'interface entre le monde de la recherche universitaire, la société civile et les institutions. Je rends accessibles mais également « utilisables » les apports des chercheurs. Ce qui nécessite d'être toujours en lien avec eux, de participer à des séminaires, des conférences, de lire les publications sur la recherche en train de se faire.

Que vous a apporté votre formation en anthropologie à Nanterre ?

Je dirai que ma formation en anthropologie m'a permis d'acquérir une posture particulière qui change mon regard sur les autres. Elle m'a appris à me méfier de mes projections, de mes fantasmes sur les autres, sur les différences. C'est aussi apprendre une rigueur et une honnêteté scientifique parce que si on dit n'importe quoi, cela peut avoir des conséquences graves pour les autres. C'est donc aussi un travail d'écoute et de restitution, de prise de recul.

L’anthropologie m'a appris à avoir un regard beaucoup plus apaisé sur des sujets qui sont justement très durs et très violents, de pouvoir les décortiquer, les analyser, les comprendre. Il s'agit d'analyser des mécanismes et de les comparer mais aussi d'avoir une approche pluridisciplinaire. On est souvent obligés de travailler avec d'autres corps de métiers.

Un souvenir, une anecdote à partager sur votre formation à Nanterre ?

Je crois que ce sont les cours de parenté en amphi … j'en garde un souvenir intéressant dans le sens où à l'époque c'était fastidieux. Pourtant aujourd'hui je trouve fascinant de passer par cette approche de la parenté et de la construction de la famille et je l'utilise souvent dans mes formations. Notamment pour montrer la complexité des systèmes humains.

Un conseil à donner aux étudiants d’aujourd’hui ?

Je dirai de ne pas hésiter à se former le plus possible dans d'autres domaines.  En fait, l’anthropologie c’est du terrain. Quelque part, même quand tu fais ton terrain en tant qu'ethnologue, tu es obligé de « mettre tes mains dans le cambouis ». Et se former dans d’autres domaines peut enrichir ton raisonnement. Cela permet de voir vraiment comment certaines pratiques se font. Par exemple, se former à la clinique transculturelle, c’est voir aussi comment l’approche clinique se nourrit d’anthropologie, c’est avoir un regard critique. Et c'est aussi comprendre comment les autres travaillent. C’est très enrichissant, il ne faudrait pas cesser d’apprendre et de se former.