Sélima Chibout
Au départ, je voulais faire de la sociologie, car je pensais que ça m’aiderait à faire de l’ordre dans mes émotions en comprenant un peu mieux le monde qui m’entoure. Et puis c’est un peu par hasard que j’ai découvert l’anthropologie et je me suis lancée là-dedans.
J’ai rapidement été engagée comme assistante de réalisation sur un long-métrage documentaire. Puis j’ai eu différents mandats de réalisation pour des institutions muséales. J’ai aussi commencé à avoir des propositions de collaboration dans le théâtre vivant en tant que collaboratrice artistique ou dramaturge. Je fais partie d’un collectif qui s’appelle l’aREC (Association, Recherche, Ethnologie, Cinéma) (www.a-rec.ch/) qui vise à développer des projets et répondre à des commandes dans le domaine de l’audiovisuel. Notre objectif est de pouvoir offrir une expertise technique couplée aux méthodes de recherche classique (entretiens, documentation, terrains d’observation).
Je jongle donc entre ces trois activités : assistante de réalisation, réalisatrice et dramaturge. Je pourrais résumer cela en disant que je réalise ou assiste la réalisation d’œuvre artistique et documentaire. Suivant les projets, ce que cela implique peut être très varié, mais il y a des dimensions récurrentes dans tous ces processus de création. Des phases de recherche, de documentation et de problématisation. De la coordination, de la gestion logistique et de la gestion d’équipe. Et la phase de création en tant que telle. Suivant les projets je suis plus ou moins investie dans l’une ou l’autre de ces différentes étapes.
Les compétences que j’ai acquises durant mon parcours académique sont clairement mobilisées dans mes activités. Évidemment, le bagage théorique est très utile, il m’arrive régulièrement de retourner dans mes notes de cours à la recherche d’un concept ou d’une référence. La capacité de problématiser des sujets de manière originale, de les aborder de manière inattendue. De faire de liens là où il n’y en avait pas et d’en défaire d’autres. La capacité à pouvoir intégrer et comprendre des milieux qui me sont éloignés. Les outils que sont l’observation de l’entretien entretiennent de claires affinités avec le monde de l’audiovisuel. Et je dirais même qu’à l’inverse, le fait d’utiliser une caméra m’a aussi permis de questionner de manière nouvelle ma manière de regarder les choses. C’est un super outil de connaissance je trouve. Et plus globalement peut-être, je pense que mon parcours en anthropologie me permet aujourd’hui de ne pas être intimidé face à des thématiques que je ne connais pas. J’ai l’impression d’avoir les outils pour pouvoir les aborder sans devoir absolument développer une expertise qui prendrait un temps que je n’ai pas.
Je ne vais pas rentrer dans les détails de ce que ça m’a réellement apporté en termes de connaissances ou d’expériences parce que je ne pense pas me singulariser à ce niveau-là. Mais j’ai trouvé hyper intéressant de sortir de l’université de Neuchâtel en Suisse et de découvrir à quel point il y a des manières différentes d’approcher l’anthropologie, qu’il y a des univers de références qui varient suivant les facultés. Par exemple, j’ai le souvenir d’un professeur à Nanterre qui avait été étonné, car j’avais lu du Bruno Latour, alors que c’est l’un des premiers auteurs qu’on nous fait lire à Neuchâtel.
J’ai envie de dire aux étudiants et étudiantes que si vous avez envie de faire une année de césure parce que vous êtes paumés, fatigué, que vous avez envie de faire autre chose, que vous avez marre, peu importe la raison, faites-le ! Je sais que c’est quelque chose qui est très peu valorisé, particulièrement en France. Moi j’ai fait plusieurs années de pause durant mon parcours académique. Et outre le fait que c’était une très bonne manière de prendre soin de moi, je pense que c’est une raison qui m’a permis de trouver du boulot à la fin de mon master. Ça m’a permis de développer d’autres réseaux, de tester d’autres choses et de développer aussi mes compétences dans la vidéo. Donc vive les années de césures !