Laure Assaf
J’ai d’abord été séduite par la méthode ethnographique : l’immersion longue sur un terrain, l’ambition de connaître de l’intérieur la manière dont on vit dans d’autres sociétés humaines, tout cela m’attirait profondément. Mais c’est surtout le décentrement au cœur de l’anthropologie qui m’a convaincue de choisir cette discipline. Aujourd’hui, je réalise que c’était sans doute lié à ma biographie : j’ai grandi dans une famille franco-libanaise, dans une banlieue parisienne où tout le monde venait d’ailleurs, avant de passer au milieu beaucoup plus homogène des classes préparatoires. Quand on navigue entre différents mondes sociaux et culturels, c’est fascinant de se retrouver face à une discipline qui non seulement donne du sens à ces expériences, mais aussi les érige en principe de connaissance.
Après le master, je me suis inscrite en thèse d’anthropologie à Nanterre, qui a été un long parcours de sept ans. J’ai ensuite été recrutée comme ATER au département d’anthropologie de l’EHESS pour deux ans, avant d’obtenir un poste d’Assistant Professor à la New York University Abu Dhabi – où je suis maintenant depuis 2018.
Mon métier actuel est essentiellement celui d’enseignante-chercheuse. Je vis aujourd’hui dans une ville, Abou Dhabi, qui est aussi mon terrain de recherche. J’enseigne à la fois des cours d’anthropologie générale, et d’autres plus directement tournés vers la région du Golfe et du monde arabe dans son ensemble.
Mon parcours depuis la thèse est situé dans la continuité de cette formation. Certains de mes cours aujourd’hui sont inspirés de ceux que j’ai suivis ou donnés à Nanterre. C’est l’endroit où j’ai fait mes premières armes comme enseignante, et j’ai beaucoup appris de mes professeur·e·s, mais aussi de mes étudiant·e·s – sur la manière de donner cours et partager des savoirs, sur ce qui les a marqués ou révoltés dans les textes académiques, etc.
Beaucoup de choses. Nanterre n’est pas seulement le lieu où j’ai appris l’anthropologie, du terrain à la théorie ; mais aussi où j’ai commencé à enseigner et à écrire mes premiers textes de recherche. Plus généralement, je dis souvent à mes classes qu’au-delà d’une discipline universitaire, l’anthropologie est une perspective sur le monde : c’est apprendre à regarder différemment les modes de relation (aux autres humains, à l’économie et au politique, à nos environnements urbains ou naturels) qu’on tenait pour acquis. Ce regard critique et réflexif est précieux.
De la L3 à la fin de la thèse, j’ai passé plus de dix ans à Nanterre ! Ça fait pas mal de souvenirs. Plutôt qu’une anecdote particulière, il y a un lieu : la salle des doctorants de la MAE, qui a abrité des amitiés, des délires, des colères, des solidarités et des réconforts…
Les moments où j’ai recroisé d’anciens étudiants et étudiantes, qui m’ont remerciée pour ce qu’ils et elles avaient appris, font aussi partie des souvenirs les plus marquants.
Se donner le temps, pour les choix d’orientation comme pour ceux des sujets de recherche, sans se laisser décourager par les discours pessimistes sur l’avenir de la recherche et de l’université – qui sont légitimes mais parfois contre-productifs. Et travailler avec des gens qui vous soutiennent : ça fait toute la différence !