Guillaume Perrier
Je me suis réorienté en anthropologie après mon DUT de sciences pour l’ingénieur au cours duquel j’avais eu l’occasion de faire un stage au Laos. Ce voyage a ouvert une curiosité culturelle en moi et m’a beaucoup marqué. Mes études d’ingénieur ne faisaient plus sens après mon DUT et j’ai donc pris une année de césure durant laquelle j’ai voyagé. En revenant je me suis réinscrit en L1 en anthropologie pour satisfaire ma curiosité intellectuelle et pas uniquement satisfaire un besoin d’insertion professionnelle.
J’ai fait un master d’ethnomusicologie, j’étais déjà en train de me réorienter dans la musique. Aujourd’hui je suis musicien à plein temps depuis 2 ans, je joue du oud, et je suis diplômé du conservatoire depuis l’an dernier. Je donne des cours au conservatoire et de particulier à particulier, et je monte des projets artistiques en parallèle.
Je suis musicien et cela implique plusieurs aspects. Premièrement en tant qu’enseignant, en conservatoire et en cours particulier, et deuxièmement en tant que musicien de scène. J’ai un projet de composition, je sors mon premier EP qui s’appelle Liyom. Au travers de ce métier de musicien j’ai une casquette de programmation, je travaille sur la péniche Anako à Jaurès. Je me demande aujourd’hui si je ne m’oriente pas vers « organisateur d'événements et producteur d'artistes ». Nous sommes à l’ère de l’autoproduction et donc on doit apprendre à s’auto-produire. J’ai cette double casquette de musicien/enseignant et de programmateur/production.
Ce que j’ai appris, c'est une grille de lecture du social que je mets en application à toutes les échelles de ma vie. J’évolue dans le milieu de la musique qualifiée “d’orientale”, la culture méditerranéenne, et je travaille avec des personnes issues de différentes communautés, cela me fait me poser la question de ma place en tant que blanc. En tant qu’enseignant ça m’investit également d’une forme de responsabilité d’être attentif et de prendre soin des autres. Il y a un rapport d’ascendance quand on est professeur donc c’est d’autant plus important d’être bienveillant.
Je fais partie d’un collectif qui organise des jam orientaux donc on se pose la question de la place qu’on donne aux gens qui participent et qui y assistent. On fait spécifiquement attention à la place des femmes parce la tendance est que ce sont plutôt les hommes qui se mettent en avant. C’est pour ça qu’on organise des scènes ouvertes et qu’on fait de la sensibilisation. Ces études d’anthropologie m’ont amené à être conscient de la complexité des enjeux interactionnels dans tous les évènements sociaux que je peux organiser.
Mes études m’ont apporté un regard sur le monde, sur les interactions humaines, et une conscience politique parce que Nanterre est une université assez militante. L’anthropologie est une discipline riche qui est très critique de son propre passé colonial, ça amène à se remettre en question soi-même. Je suis sorti du mode de pensée dépolitisé et noélibéral prédominant en études d’ingénieur. A Nanterre il y a une autre façon de penser les choses qui me sert dans ma manière d’appréhender les interactions sociales aujourd’hui pour être conscient des enjeux de pouvoir et de domination dans les relations interpersonnelles et professionnelles, et ainsi à être attentif pour avoir une éthique de travail et dans les relations humaines.
Je me souviens en 2019 quand nous partions en manifestations avec nos enseignants contre la LPR et contre la casse du milieu universitaire. Particulièrement en anthropologie ce rapprochement entre les enseignants et les étudiants pour défendre l’université était sympa. Il y avait aussi un esprit de promo comme une petite famille qui faisait plaisir. Malheureusement le confinement a mis fin à cet esprit de promo et ce qui m’a rendu triste c’est que nous n’ayons même pas vraiment eu la possibilité de se dire au revoir à la fin du master.
C’est très important de bien choisir son projet de mémoire pour que ce soit un sujet qui vous anime et que vous appréciez les recherches. Il faut aussi prendre soin de soi et des autres ! Les études c’est beaucoup de pression et de stress, il ne faut pas se laisser déborder. Ça peut être une période où on peut se sentir assez isolé parce que le travail d’écriture du mémoire est un travail solitaire, ça aide d’être entouré. Et enfin il faut bien réfléchir à la suite après le master, et je ne conseille de faire de la recherche que si on en sent vraiment l’envie profonde.