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Baptiste Moutaud

Pourquoi avoir choisi l'anthropologie ?

C’est d’abord venu de la lecture de Race et histoire de Levi-Strauss au Lycée, en classe de seconde je crois. Si à ce moment-là je n’envisageais absolument pas de m’engager dans des études en anthropologie (je pense que je n’imaginais même pas qu’il était possible d’en faire une option d’études pour la suite), c’est une lecture qui m’avait suffisamment marquée pour qu’elle ressurgisse quelques années plus tard lorsqu’il a fallu définir une orientation. Cette fois, sans que ce soit dans la perspective d’en faire métier, le métier d’anthropologue était un horizon certainement bien trop flou et lointain. Mais cette posture décentrée, cette volonté d’interroger l’évidence, de tenter d’appréhender la variété des sociétés humaines, me séduisait. Et puis il fallait lire, et s’engager dans des études qui laissent une place aussi centrale aux lectures m’apparaissait comme un cadeau. L’attrait pour la recherche, pour l’enquête de terrain et le processus intellectuel de construction d’un objet d’étude, n’est venu qu’à partir de la Maîtrise.

Quel a été votre parcours après l’obtention du master ?

À l’époque, c’était encore une partition Maitrise/DEA, qui correspond à peu près aux M1/M2 actuels. J’ai réalisé en 2001-2002 ma Maitrise au Département d’anthropologie à Nanterre, avec un mémoire d’anthropologie de la santé et d’anthropologie des sciences et des techniques sur la neurochirurgie, puis je suis parti réaliser mon DEA à l’EHESS avec un mémoire sur la neuroimagerie. Ensuite j’ai réalisé ma thèse de doctorat à l’Université Paris Descartes, sur l’essor des neurosciences et l’expérimentation thérapeutique en psychiatrie. Je l’ai soutenue en 2009. Et j’ai ensuite enchainé plusieurs années de postdoctorat en France et au Canada avant mon recrutement au CNRS en 2015.

Pouvez-vous nous décrire votre occupation actuelle ?

Je suis anthropologue, chercheur au CNRS. Lorsque j’ai passé le concours de chercheur et obtenu mon poste en 2015, j’ai demandé à revenir à Nanterre, au Laboratoire d’ethnologie et de sociologie comparative, pour justement retrouver cette communauté de recherche et d’enseignement généraliste en anthropologie, avec cette attention marquée pour une pratique de recherche fondée sur l’empirie et l’enquête de terrain. Depuis peu j’assume aussi la direction adjointe de ce laboratoire. Mon quotidien est donc partagé entre la recherche, l’enseignement, l’encadrement d’étudiants et puis des fonctions scientifiques et administratives de direction.

Est-ce que vos y utilisez ce que vous avez appris à Nanterre ?

Bien sûr. Dans mes activités de recherches, bien évidemment, mais aussi dans l’enseignement. Pendant ma thèse j’ai assuré des cours dans le département, et aujourd’hui encore j’enseigne en licence. C’est une expérience qui impose de maitriser et de savoir revenir constamment à des corpus, des auteurs et des méthodes que je ne mobilise pas forcément dans mon travail, mais qu’il me faut me réapproprier pour les transmettre.

Que vous a apporté votre formation en anthropologie à Nanterre ?

Une méthode et des outils pour appréhender la complexité du monde. Une formation sur les fondements de l’anthropologie, les bases de sa méthode scientifique, ses courants de pensée. Si je suis ensuite allé à l’EHESS pour accéder à des enseignements à l’époque davantage spécialisés sur mes thématiques et terrains de recherche, c’est parce que j’avais pu acquérir ces bases qui m’auraient autrement manqué par la suite. Sur ce point, la formation à Nanterre est remarquable.

Un souvenir, une anecdote à partager sur votre formation à Nanterre ?

C’est difficile, j’y ai passé quatre années… Il y en aurait beaucoup. Il y a des enseignements qui m’ont marqué, mais j’en garde surtout le souvenir d’une période de socialisation étudiante dont l’intensité a peu d’égal dans une vie. Ce sont aussi bien des souvenirs d’amitiés, mais aussi les heures passées en bibliothèque, j’adorais ça, ce que je ne fais plus aujourd’hui et que j’idéalise peut-être un peu…

Un conseil à donner aux étudiants d’aujourd’hui ?

Je ne sais pas si j’ai des conseils pertinents à donner, je trouve cela toujours un peu paternaliste. Peut-être celui de ne pas craindre de se tromper ou de recommencer et de garder à l’esprit que les premières années d’université restent des moments de liberté et d’expérimentation intellectuelle incroyablement riches. Et que l’anthropologie offre alors de belles possibilités pour assouvir cela.