CLAIRE KIEFFER
J'ai choisi l'anthropologie comme voie professionnelle à la suite de la lecture d'un exemplaire du magazine GEO quand j'avais 16 ans. Dans ce numéro, il y avait un dossier spécial sur les rites amoureux autour du monde absolument passionnant (https://www.babelio.com/livres/GEO-GEO-n234--Rites-amoureux-autour-du-monde/689798), et les articles étaient écrits par des ethnologues. Je me suis dit "Qu'est-ce que c'est que ce métier incroyable, ethnologue ?". Je me suis renseignée et j'étais mordue, c'est ça que je voulais faire.
Après l'obtention de mon diplôme de maîtrise, j'ai eu des doutes sur ma volonté d'être chercheuse. Je n'avais pas forcément envie de faire de la recherche pure, et j'ai eu besoin de partir travailler un an en Thaïlande comme professeure de français dans une université afin de réfléchir à ce que je voulais vraiment faire. C'est cette année-là que j'ai décidé de faire un Master en Développement à l'IEDES pour travailler dans le secteur de la solidarité internationale.
Mon métier est un peu particulier. Le poste de responsable de la gestion des connaissances n'est pas un poste qui existe dans toutes les ONG. Agrisud ayant la volonté d'être une structure apprenante qui capitalise ses savoirs et les diffuse au plus grand nombre, elle a créé ce poste qui est dédié aux travaux de capitalisation et à la formation. Mon rôle est donc de travailler avec les équipes de terrain sur les projets à l'international afin de capitaliser leurs expériences pour les rendre diffusables et utiles à d'autres. Pour cela, nous choisissons bien les sujets sur lesquels nous avons une expérience avérée et des connaissances et savoir-faire réplicables. Pour la diffusion, nous avons lancé un centre de ressources numériques il y a 3 ans, avec une médiathèque et une plateforme de e-learning, dont j'ai la gestion. Nous proposons aussi des formations en présentiel thématiques à nos équipes et à nos partenaires opérationnels.
Oui, ma formation de chercheuse est très utile aujourd'hui pour mener les travaux de capitalisation des connaissances avec les équipes, mais aussi les études sur le genre que nous avons lancées depuis l'année dernière dans différents terrains d'intervention.
Ma formation en anthropologie à Nanterre m'a énormément apporté. Premièrement, l'anthropologie permet d'avoir un certain regard sur le monde et sur la manière dont nous interagissons ensemble, entre êtres humains, de la même culture ou de cultures très différentes. Elle permet d'avoir une vision moins ethnocentrée et d'être en capacité d'analyser ce qui relève du culturel et les raisons derrière les comportements, les avis, les choix. La formation en anthropologie à Nanterre permet aussi de développer les capacités à faire des recherches, de la phase préparatoire à la rédaction, en passant par la collecte des données, le traitement et l'analyse. Elle offre de bonnes bases pour des postes dans la recherche. Lorsque j'ai été recrutée chez Agrisud, j'ai longtemps pensé que mes expériences précédentes en ONG à Madagascar et ma maîtrise de la langue laotienne étaient les raisons de mon recrutement pour ce poste au Laos, mais j'ai appris plus tard que c'était ma formation en anthropologie qui les avaitprincipalement intéressée. Dans une ONG spécialisée en agriculture, avec une majorité de personnes diplômées en agronomie, ils étaient convaincus de l'importance d'ajouter un profil en sciences sociales dans leur panel d’experts.
J'avais une fiche de lecture à réaliser sur un livre à choisir dans une liste, et j'avais choisi "Nus, féroces et anthropophages" de Hans Staden. Un livre fascinant, plutôt ethnographique qu'ethnologique au vu de l'année de la première parution (1557), le profil de son auteur (un mercenaire allemand) et surtout ses nombreuses remarques ethnocentrées et bien ancrées dans la pensée judéo-chrétienne de l'époque. Mais un document rare et extrêmement bien détaillé sur les rites anthropophagiques des tribus du Brésil. Alors que je lisais des passages détaillant les rites de mise à mort à ma colocataire, elle m'a demandé d'arrêter car elle était sur le point de vomir. C'est à ce moment-là que je me suis dit que nous, les ethnologues, avions peut-être une capacité de détachement différente des autres, en étant capables d'être intéressé.es au-delà du dégoût par des pratiques culturelles différentes.
Mon conseil est d'explorer toutes les voies qui vous intéressent. Une formation en anthropologie ne veut pas forcément dire que seul un travail de chercheur.se en anthropologie vous est accessible. La formation en anthropologie vous donne des compétences utilisables dans de nombreux domaines.