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Claire Scherrer

Pourquoi avoir choisi l'anthropologie ?

Je me suis tournée vers l'anthropologie, comme beaucoup d'autres, par intérêt pour les cultures éloignées de nous et par goût du voyage. Finalement, ce n'est pas ce qui m'a fait rester. J'y ai découvert une façon de penser, de voir le monde, d'analyser ce qui s'y passe qui dépasse le simple attrait de l'exotisme.

Quel a été votre parcours après l’obtention du master ?

Après mon diplôme (obtenu en 2017) j'ai d'abord pris une année de césure, puis je me suis orientée vers un autre master intitulé « Concevoir des projets éducatifs et culturels en partenariat », rattaché à l’université de Cergy. A ce moment-là je me suis beaucoup interrogée sur la notion de culture : celle que l'on dit savante vs celle que l'on dit populaire, l'accès et la légitimité qui sont donnés à l'une et à l'autre autant matériellement que symboliquement et les écarts que cela créé dans la société. En parallèle, j'ai fait un service civique dans une association qui accompagnait le développement du cirque social au Sénégal et au Cambodge.

Diplômée pendant le covid, la recherche d'emploi dans la culture n'a pas été évidente. Après un court passage en tant que chargée de relation avec les publics pour une compagnie de théâtre, je suis désormais référente éducative pour un groupe d'adolescents à Chambéry.

Pouvez-vous nous décrire votre occupation actuelle ?

Je suis employée par une association implantée dans les quartiers prioritaires de plusieurs villes en France. Je suis en charge d'un groupe d'adolescents, que j'accompagne sur les temps périscolaires et extrascolaires en les accompagnant dans leur scolarité et en leur proposant des activités. Ces activités s'inscrivent dans le cadre de plusieurs projets éducatifs mis en place sur l'année, qui visent à permettre aux jeunes de découvrir de nouveaux environnements, de travailler leur esprit critique, découvrir de nouveaux métiers, etc. Nous accompagnons aussi les parents selon les besoins identifiés. Typiquement, ma formation en anthropologie nourrit mon approche de ces jeunes et de leurs parents, tous issus de l'immigration. Que ce soit pour les questions de différence culturelle, de religion, mais aussi celles relatives à l'adolescence et ses spécificités, ou les façons d'emmener ces jeunes vers des milieux qu'ils connaissent peu... J'ai régulièrement une pensée pour les nombreuses recherches qui pourraient être faites sur ce terrain-là !

Que vous a apporté votre formation en anthropologie à Nanterre ?

L'anthropologie a beaucoup nourri mon approche du monde et le regard que je porte dessus. J'adopte facilement une position de recul sur certaines situations sociales, avec un angle analytique et critique par lequel je vais chercher à comprendre ce qui est en jeu. J'y ai aussi développé mon goût pour l'écriture et une tendance à me dire que c'est toujours possible : aller faire une recherche de terrain, que ce soit au bout du monde ou à côté de chez soi, ça n'est pas anodin. Mais si on se motive, qu'on sort de sa zone de confort, qu'on persévère, qu'on cherche les différentes approches possibles et qu'on n'a pas peur de contacter de parfaits inconnus, on finit par atteindre son but. Même si ce n'est pas tout à fait celui qu'on avait prévu. Enfin, d'un point de vue beaucoup moins académique, j'ai découvert au cours de ma formation et grâce à elle des milieux que je ne connaissais pas, j'ai poussé la porte de très beaux univers qui m'accompagnent encore aujourd'hui. Parce que l'excuse de l'étude anthropologique est à elle seule un sacré passeport !

Un conseil à donner aux étudiants d’aujourd’hui ?

Étrange de me retrouver dans une posture de grande sage mais je vais essayer ;)

Si vous êtes en anthropologie c'est que vous n'êtes pas intéressés par les voies professionnelles classiques. Quel que soit votre parcours ensuite, nourrissez-vous de ces enseignements très riches, puis prenez le temps de réfléchir à la manière dont vous souhaitez les réinvestir dans le monde ! Ne perdez pas le contact avec les nombreuses réalités sociales qui vous entourent au quotidien. Il n'y a généralement pas besoin d'aller très loin pour sortir de sa zone de confort...