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Sylvestre Meinzer

Pourquoi avoir choisi l'anthropologie ?

Jeune, j’ai eu l’occasion de faire des voyages avec la bourse Zellidja. Alors qu’avant je m’intéressais au costume et à un travail plus artistique et plastique, ces voyages ont été l’occasion d’être vraiment dans la rencontre avec les autres et avec d’autres cultures. Ce qui m’a donné envie d’aller plus loin,  de répondre à une curiosité personnelle tout en ayant une dimension plus globale. Et c’est ça, l’anthropologie permet d’interroger l’autre sans le définir de manière individuelle mais plutôt dans un ensemble d’éléments : culturel, historique, géographique.

Quel a été votre parcours après l’obtention du master ?

Après la maîtrise, j’ai eu un parcours vers d’autres directions. En cinéma documentaire, puisque j’avais commencé à faire des images pour mon master, avec une formation aux Ateliers Varan. Et de l’autre côté un travail qui était déjà amorcé avec la recherche, suite à un appel d’offre de la Mission du Patrimoine Ethnologique sur l’ethnologie de la relation esthétique. Ce qui a donné le livre « Le cirque classique, un spectacle moderne » publié en 2004.

Pouvez-vous nous décrire votre occupation actuelle ?

Actuellement je suis réalisatrice de films, plutôt expérimentaux, après avoir fait longtemps du cinéma documentaire et aussi de la photographie documentaire, puis progressivement de la photographie plasticienne. Maintenant ce qui m’intéresse c’est vraiment de travailler sur la forme des images, la texture, tout ce qu’on peut apporter comme modification à une image pour la faire se rapprocher d’un regard singulier, et qu’elle rentre dans un désir d’œuvre. Et puis je me suis lancé dans l’étalonnage, suite à deux formations. L’étalonnage c’est la dernière phase dans la réalisation des films, c’est l’équilibrage des plans les uns par rapport aux autres pour créer une image homogène et qui correspond à une envie d’image de réalisatrices, de chef-opérateurs. Là je travaille pour d’autres films, c’est la première fois de ma vie où je travaille pour d’autres gens. Je propose mon savoir-faire à d’autres, et je trouve ça très reposant. Mais c’est un peu le piège, ce confort dans lequel on peut se mettre avec un métier qui est balisé, tout ça a quelque chose de rassurant dans la vie, surtout dans ce monde complètement déglingué, alors que la recherche personnelle, elle doit aller explorer l’inconnu, et donc le risque, prendre des risques. Et c’est ça la liberté, risquer d’aller vers un endroit qu’on ne connaît pas.

Est-ce que vos y utilisez ce que vous avez appris à Nanterre ?

Oui, tous les jours. Je pense que déjà en master, quand j’ai décidé de travailler sur l’ethnologie de la France, c’était un peu une découverte de se dire « en fait je peux regarder juste devant moi, et apprendre sur les hommes en général ". Et c’est ce qui s’est passé, d’abord avec mon mémoire mais après dans mes films documentaires c’est d’aller vers l’altérité dans une démarche de curiosité et d’intérêt pour un autre qui est riche de tout ce qu’il a autour de lui, et en lui.

Que vous a apporté votre formation en anthropologie à Nanterre ?

Ce que ça nous apporte c’est le regard éloigné. Je sais pas si vous voyez les films de Stéphane Breton. Il filme des poubelles et imagine qu’on interprète ses objets, ses déchets, comme des totems, des mémoires matérielles… je trouve que ça nous permet d’interroger le monde autour de nous. En fait c’est ce qui m’importe je crois aujourd’hui, c’est d’avoir un esprit critique sur le quotidien, et de déceler dans le quotidien les petits signes de névrose sociale, ou politique, les défaillances d’un système qui s’y reflète... C’est interpréter le monde à plein de niveaux. Et donc dans ce qui se rapporte à mon travail, c’est interpréter un paysage, interpréter un moment de l’histoire, chercher ce qu’il y a derrière des apparences.

Un souvenir, une anecdote à partager sur votre formation à Nanterre ?

J’ai une anecdote un peu ridicule mais terrible. C’était au moment de ma soutenance de maîtrise. J’étais dans le séminaire de Georges Augustin, et il y avait aussi Colette Piault qui faisait le séminaire d’anthropologie visuelle, et puis d’autres personnes. Et j’avais  cru comprendre qu’il ne pouvait pas y avoir plus de 4 personnes. Et donc j’avais dit à Colette Piault, qui était pourtant très proche, « désolée tu peux pas venir parce qu’il y a un nombre limité ». Donc elle l’avait un peu mal pris… Et après je me suis sentie très bête parce qu’au moment de la soutenance tout le monde disait « Mais elle est où Colette Piault ? Pourquoi elle est pas là ? ». Donc je m’étais dit « tu veux être dans les clous mais tout le monde s’en fout ». Et c’est ça qui est bien, c’est qu’il y a de la vie et si on est plus, bha voilà. Il faut sortir des clous.

 

Un conseil à donner aux étudiants d’aujourd’hui ?

Allez au cinéma, allez au festival, allez dans les bibliothèques. Mangez bien, dormez bien, lisez beaucoup. Prenez le temps de rentrer dans les moments, plutôt que de surfer sur plein d’espaces et de moments. Je pense qu’il faut prendre le temps de rentrer dans quelque chose qui vous appelle, même si c’est pas ce qu’on attend de vous, ça vous apportera toujours quelque chose. Et s’impliquer dans la vie sociale, rentrer dans des associations, participer comme bénévole dans des festivals… Il y a des choses à faire. Et derrière tout ça c’est aller vers les autres, sans peur. Comment on dit ? Avoir des remords mais jamais de regrets. Peut être avoir fait des choses qu’on aurait pas dû faire, mais pas se dire qu’on a pas fait ce qu’on aurait dû faire.