Emilie Gandon
J’ai découvert l’anthropologie au cours de mes études et j’ai immédiatement été séduite par sa capacité à éclairer le quotidien, les relations ordinaires et les formes de solidarité qui structurent les sociétés. Cette discipline m’a appris à penser l’altérité sans l’exotiser et à questionner ce qui nous semble évident. Mon mémoire, consacré aux relations de voisinage et de parenté dans un village serbe, s’inscrivait pleinement dans cette démarche.
Après une licence, une maîtrise puis un DEA en ethnologie à l’université Paris-Nanterre, je me suis engagée en doctorat. Si la recherche me passionnait, je ne m’y projetais pas professionnellement. Ce questionnement m’a conduite à explorer les métiers de la culture à travers plusieurs stages, notamment au musée d’Orsay et au Mobilier national. J’ai alors décidé de préparer le concours de l’INP à l’Ecole du Louvre, que j’ai réussi dès la première tentative, spécialité Musées.
Depuis septembre 2025, je suis conservatrice du patrimoine, responsable du département des sculptures et du patrimoine architectural et urbain au musée Carnavalet – Histoire de Paris. Mon travail consiste à assurer la conservation, la gestion, l’étude et la valorisation des collections, ainsi qu’à participer à des projets scientifiques et culturels.
Oui, constamment. Même sans enquête de terrain, j’aborde les collections comme des faits sociaux porteurs de récits, de mémoires et de relations. Les outils de l’anthropologie nourrissent directement mon travail.
Ma formation m’a surtout transmis une manière de penser : observer, contextualiser et replacer les objets dans leurs dimensions sociales, historiques et symboliques. Cette approche reste importante dans ma pratique professionnelle même si l’approche ethnographique est différente dans le monde muséal.
Le travail de terrain réalisé pour mon mémoire a été une expérience fondatrice. Il m’a appris la patience, l’écoute et l’importance du doute dans la construction du savoir.
Je leur dirais de ne pas craindre les parcours non linéaires. Il est important de multiplier les expériences, de rester curieux et d’être attentif à ce qui fait réellement sens pour soi. Les outils de l’anthropologie sont utiles bien au-delà du monde académique.