Nathalie Béchet
J’ai choisi l’anthropologie afin de m’aider à trouver des clés de lecture pour un monde dont la complexité me paralysait. En apprenant à rendre toute chose humaine commensurable et à appréhender l’altérité avec distance et proximité, l’anthropologie m’a apporté une forme de paix et m’a doté d’une éthique et d’une rigueur scientifique qui nourrissent aujourd’hui ma vie professionnelle et personnelle.
Après le Master en anthropologie, j’ai désiré me spécialiser pour me professionnaliser. Je voulais m’orienter vers l’anthropologie numérique et je cherchais donc à me former à des outils informatiques. J’ai donc suivi un Master 2 en alternance à l’Université Gustave Eiffel en data science et sociétés numériques. Pour mon apprentissage, j’ai trouvé un poste en alternance à L’Atelier, une filiale de la BNP, qui fait de la recherche et du développement (R&D) en nouvelles technologies et qui étudie leur impact économique, industriel, environnemental et social. Suite à mon alternance, j’ai été embauchée en CDI.
Aujourd’hui, je suis chercheuse pour une filiale de R&D qui identifie des technologies émergentes et les étudie en termes de maturité (brevets, publications) et d’impact financier (types et quantités d’investissements) mais aussi d’impact écologique et social. Je produis pour eux des recherches et des études de prospective autour de technologies numériques, comme l’IA ou les ordinateurs quantiques, mais aussi de technologies dans le domaine médical, des transports, de l’énergie, etc. J’aide à créer un outil numérique que nous vendons, mais aussi des rapports internes pour la banque et des rapports externes consultables par tous (cf. https://atelier.net/projects). Par ailleurs, je mène aussi de petites ethnographies auprès de communautés en ligne ou d’usagers de réseaux sociaux et je restitue cela dans de courts articles publiés sur notre site internet (cf. https://atelier.net/insights).
Ma formation m’a apporté une habitude de travail bibliographique et de recherche approfondie des sources ainsi qu’une volonté de toujours s’extraire du jugement de valeur tout en reconnaissant la subjectivité inévitable du chercheur. Cela m’a appris à rester vigilante face à l’ethnocentrisme et à l’européo ou américanocentrisme. Elle m’a également doté d’une certaine qualité d’écriture et d’une capacité à appréhender les documents historiques et scientifiques.
En début de Master, nous avons pu partir en Ariège pour un séjour pluridisciplinaire où anthropologues et écologues devaient mener ensemble des terrains liés aux problématiques des agriculteurs de la région. J’en garde un vif souvenir où j’ai découvert tout le sens du travail pluridisciplinaire et l’importance du dialogue entre communautés scientifiques. Notre complémentarité était magnifique et nous avons rendu des travaux d’une vraie qualité. Sans oublier les soirées à danser, nos débats animés et nos marches en montagne. C’était une très belle expérience. Qu’il s’agisse de cette semaine partagée avec les écologues ou bien des cours que j’ai suivi en archéologie, musicologie, sinologie et linguistique, ma formation à Nanterre a été synonyme de pluridisciplinarité et cela a probablement été l’un des plus grands enrichissements.
J’en ai plusieurs. Tout d’abord, n’hésitez pas à mener une sorte d’ethnographie du monde du travail pour apprendre à traduire vos compétences afin qu’elles parlent à des employeurs non-initiés aux SHS. Ensuite, n’hésitez pas à vous spécialiser et à ancrer vos recherches dans des problématiques contemporaines : cela vous aidera à vous professionnaliser. Aussi, cessez de sous-estimer votre éducation : les étudiants formés à l’anthropologie sont rares et cela peut s’avérer être une force sur le marché du travail. Vous avez développé un esprit critique, une rigueur scientifique et une qualité d’écriture : autant de compétences convoitées par les employeurs. Tâchez de mettre tout cela en valeur sur votre CV et lors d’entretiens. Enfin, n’ayez pas peur d’intégrer de grandes entreprises : il est important que des anthropologues travaillent dans des milieux qui bénéficieraient sans aucun doute de plus de sciences sociales.